| Pierre Marchand
par lui-même :
Né le 17 novembre 1939 à Bouin, petit port au bord de la mer, dans la baie de Bourgneuf, aux frontières de la Vendée, dans le marais breton en pays chouan. Très brèves études secondaires au collège Amiral Merveilleux du Vignaux, aux Sables-d'Olonne.
Particularité de ce collège : pas de cour de récréation !
Celle-ci : la plage.
Sur le chemin de la mer : une librairie.
Elle existe toujours.
Dans la vitrine : les premiers livres de poche : La Condition Humaine, Le Mur, Thérèse Desqueyroux, La Puissance et la Gloire, Moka, etc.
Découverte tout à la fois de la littérature et du graphisme. Ces couvertures étaient exceptionnelles pour l'époque, je peux encore les dessiner de mémoire.
1955, j'ai 16 ans (faites le calcul, c'est normal !).
Après deux années où je me loue avec mon père (bulletin de salaire « homme plus enfant »), j'entre comme courantin puis mousse aux chantiers maritimes Dubigeon à Nantes.
C'est l'année des grandes grèves et l'apparition de la DS (Citroën).
L'année suivante, j'ai 17 ou 18 ans, je monte à Paris après m'être fâché avec mon père, bien sûr, comme tous les jeunes de cette génération-là. J'entre comme apprenti-typographe à l'imprimerie Blanchard.
Je « passe sur machine », j'imprime pour Gallimard les encarts des livres de la collection « L'air du temps » dirigée par Pierre Lazareff. Titre des ouvrages : La Réalité dépasse la fiction. Il faudra attendre encore quinze ans pour que la fiction devienne réalité et que je fasse imprimer moi-même des livres au nom de Gallimard. Réalisation de mise en pages de journaux, de livres et de pochettes de disques.
1959 : l'Algérie pour 27 mois et 27 jours... sans commentaires, cf. le meilleur livre de Philippe Labro Des feux mal éteints.
1962, retour à Paris. Vendeur d'aspirateurs, magasinier.
Entrée aux éditions Fleurus par la porte des entrepôts à Ivry.
J'emballe les livres et les livres m'emballent. Lente ascension dans la maison, 9 ans pour arriver au comité de direction. Et partir... pour fonder avec Jean-Olivier Héron le mensuel
Voiles et Voiliers, premier journal de mer aujourd'- hui. Forcément difficultés financières et dettes (le dépôt de bilan n'était pas alors un acte de gestion).
Pour les payer, j'entre avec Jean-Olivier chez Gallimard en 1972 avec un projet d'édition accepté auparavant par Nathan et Hachette. S'ensuivent des milliers de livres qui font de Gallimard le numéro 1 français du livre jeunesse.
Puis, pour les adultes, Découvertes Gallimard la plus importante collection de poche illustrée au monde, traduite en 19 langues.
Enfin, les Guides Gallimard qui révolutionnent la présentation des Guides de voyages.
Bien des années plus tard, j'entre chez Hachette pour y honorer un contrat proposé par Bernard de Fallois 27 ans auparavant et que je n'avais pas signé !
J'y suis aujourd'hui directeur de la création et responsable de la branche Hachette Illustrated !
Texte rédigé par Pierre Marchand lui-même, en 2001
Vie de l'édition : hommage à Pierre Marchand.- In : La revue des livres pour enfants, n°205, juin 2002
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"La rencontre de l’album et de la littérature
Lorsqu’on pense à Pierre Marchand, on pense aux multiples collections qu’il a lancées chez Gallimard. Pierre Marchand a commencé par exploiter le fond « NRF », en créant en 1972, lors de son arrivée rue Bottin, la collection « Mille soleils » qu’il pare de jaquettes illustrées et en couleurs. Premiers titres parus : Le Lion de Joseph Kessel, L’enfant et la rivière d’Henri Bosco, La Guerre des boutons de Louis Pergaud, Le Vieil Homme de la mer d’Ernest Hemingway. Puis, il bouleverse le marché avec ses collections de poche ciblées selon l’âge et les capacités des lecteurs : « Folio Junior », « Folio Benjamin », « Folio Cadet ». Prenant en compte le rôle déterminant de l’image, dans « Grands textes illustrés », il associe un classique de la littérature de jeunesse et un illustrateur contemporain de renom. La Guerre des boutons de Louis Pergaud fut mis en images par Claude Lapointe, et Étienne Delessert signa les dessins des Histoires comme ça de Rudyard Kipling.
Sur le plan commercial, Pierre Marchand développe une politique de circulation des titres qui passent d’une collection à l’autre, quitte à en amocher quelques-uns au passage. C’est ainsi que « Folio Benjamin » et « Folio Cadet » ont préservé partiellement de l’oubli – mais à quel prix – la superbe série « Enfantimages ».
Des textes brefs de haute tenue littéraire y avaient été confrontés à des illustrations décalées qui suscitaient l’émotion et suggéraient une lecture nouvelle des récits proposés. Côté texte, y figuraient Franz Kafka, James Joyce, Marguerite Yourcenar, Les Frères Grimm, Roald Dahl, Jacques Prévert, Voltaire…et côté image, on retrouvait des artistes qui s’étaient imposés ailleurs, Claude Lapointe, Elsa Henriquez, Kelek, Roger Blachon, Henri Galeron, Georges Lemoine, Jacqueline Duhème, Patrick Couratin…
Artiste de la maquette, Pierre Marchand, non content de s’inspirer des meilleures réalisations, innove sans cesse jusqu’à son départ pour la maison Hachette, en 1999. Ce fut particulièrement perceptible dans ses collections de documentaires.
« Mes premières découvertes », où sont exploités les effets magiques des transparents, systématisent les recherches de Bruno Munari, telles que dans Il merlo a perso il becco. Homme d’images, comme il se définissait lui-même, il a mis au point avec Dorling Kindersley la collection « Les Yeux de la découverte » dans laquelle l’image, et notamment l’image photographique détourée, est une voie d’accès à la connaissance. (…)
Le secteur « album » échappa partiellement aux collections. Plusieurs titres d’abord publié en format de poche retrouvèrent ultérieurement leur format original, Pierre Marchand s’effaçant devant les pratiques éditoriales valorisées par ceux qui l’avaient précédé. Il suivit alors les traces de Robert Delpire, de L’École des Loisirs, de François Ruy-Vidal, cherchant à réunir sous le label Gallimard les créateurs les plus importants, venus ausii bien d’ailleurs que de France : Maurice Sendak, Quentin Blake, Étienne Delessert, Pef, Jean Claverie, Tony Ross, Tatjana Hauptmann…
Sans doute l’un des grands apports de Pierre Marchand à l’édition jeunesse fut-il d’avoir convaincu les responsables d’une maison d’édition vouée à la littérature et aux sciences humaines d’ouvrir avec succès un secteur jeunesse. "
Sophie Van der Linden
Images des livres pour la jeunesse : lire et analyser. Éd. Thierry Magnier, CRDP Académie de Créteil, 2006.
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