Voici Little Lou chez Gallimard.
« J’aime le jazz en général, particulièrement le blues, cette forme très particulière et très riche. Les gens qui ne connaissent pas le blues trouvent que c’est toujours pareil. Mais c’est faux : les versions varient, les orchestres, les harmonies, les façons de chanter, les formations ; cela varie d’un village à l’autre sur 50 km dans des pays comme le Louisiane ou le Mississipi. Ajoutez à cela le fait qu’au cours des années les gens sont allés chercher du travail dans le Nord, ont transplanté ce blues rural dans le nord citadin, puis ils redescendaient vers le sud et repartaient. Cela donne une musique d’une variété incroyable.
[…]
J’ai trimballé cet album cinq ans dans mes cartons. Aucun éditeur n’en voulait. Le lobby éditorial américain est prudent ; il évite d’avoir à faire à la communauté noire, de lui présenter des choses qui parlent d’elle, avec des textes ou des photos faits par des Blancs. Les relations raciales sont d’une complexité effroyable aux Etats-Unis. On m’a fait une proposition : Claverie est un nom un peu exotique ; en prenant une photo de vous un peu en contrejour, vous pourrez passer pour noir au revers d’une jaquette, mais, si on ne met pas de photo, ce sera suspect.
Un jour, je rencontre un éditeur noir américain qui m’a amené à un petit éditeur français qui fait beaucoup de livres français ( Les « Monsieur Chat » de Grasset ont été faits par lui). C’est donc cet éditeur qui a publié Little Lou avec Gallimard. Il y aura peut-être une suite… »
Jean Claverie
Nous avons rencontré... Jean Claverie. – In : Nous voulons lire !, n°98, 1993
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